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Gio Ponti

Sommaire: La Tour Pirelli | Petite table Tavolino 1932 – Fontana Arte | Lampe sur pied  Pirellone 1967 – Fontana Arte | Lampe à suspension 0024XXL 1931 – Fontana ArteChaise Superleggera 1957 – Cassina | Machine à café espresso  La Cornuta 1948 – Pavoni | Vase ou chandelier en argent 1959 – pour Sabattini et par la suite édité par Christofle | Lampe à suspension 99.81 1946 – Venini | Poignée de porte Lama 1954 – Olivari | Villa Planchard Caracas 1956

Monsieur Philippe Meyer architecte à Genève et directeur de la revue FACES, nous a fait le plaisir de rédiger cette édition de la newsletter, en la dédiant  au célèbre architecte et designer italien Gio Ponti. Nous vous souhaitons une bonne lecture et serions ravis de recevoir vos commentaires.

Gio Ponti | 1891-1979Gio Ponti

On ne peut évoquer Gio Ponti sans le lier intimement à son lieu de naissance, Milan. Diplômé de l’Ecole Polytechnique, Ponti débute son activité d’architecte au sein de l’agence Lancia-Fiocchi mais, devient rapidement (en 1923 et jusqu’en 1930), directeur artistique pour Ginori, un fabricant de céramiques. La céramique restera d’ailleurs l’une de ses grandes passions puisque la façade de la Tour Pirelli est ornée de celle-ci (comme plus tard de nombreuses façades d’immeubles).

Cette apparente improbable rencontre entre deux mondes de création, est symbolique et caractéristique de la personnalité multiforme de Ponti. Dans son approche, dans la recherche incessante d’un mariage constant des cultures et des arts, Ponti représente une forme de quintessence des différents héritages qui ont construit Milan au fil des siècles.

Il n’y a pas de distance chez Gio Ponti entre le travail patient de l’artisan, la fulgurance de l’artiste, la capacité inventive de l’ingénieur ou le regard savant de l’architecte. Chacune de ces disciplines est au service de l’autre, et Ponti, chercha tout au long de sa vie créatrice à les associer.

Entre héritage néoclassique de l’ère Mussolinienne et vocabulaire industriel du renouveau économique d’après-guerre, il développe un langage complexe et rationnel, apparenté aux idées du groupe Novecento auquel il se lie. Il promeut alors les idées de son temps à travers la revue d’architecture Domus qu’il crée en 1928 et la Triennale d’Art et d’Architecture de Milan dont il est le directeur. Domus jouera un rôle important dans l’évolution du design. Ponti y fera découvrir le travail de Charles et Ray Eames ou celui du décorateur Piero Fornasetti, avec qui il réalisera de nombreux projets. Enseignant, il formera plusieurs générations de designers italiens à l’Ecole Polytechnique de Milan.

Quand le journaliste Pierre Dumayet, lui demande dans les années ’60 ce dont il rêve, c’est encore de Milan dont il est question, de Milan et de son évolution, de Milan et de sa construction, il déclare alors:

« Je rêve d’un Milan fait par mes collègues architectes. Je ne veux pas d’un Milan fait avec des maisons basses et un gratte-ciel ici, un autre là, un autre là, un autre là. Ça, c’est comme une bouche avec quelques dents très longues et les autres plus basses.

 Les gratte-ciels sont très bien s’ils sont un peu voisins les uns aux autres comme des îles, comme ça. Ça marche très bien. Et puis, les autres. Ca fait un paysage. Et ça, ce n’est pas un paysage. Ça peut être un paysage avec les nuages, avec le ciel, avec les autres maisons qui sont basses, etc., voilà ce que je ne dis pas que je rêve mais que dit ça arriver là.

Si vous permettez, les autres villes ont, comme Paris, un fleuve, comme Rome, comme Florence, comme Turin, ont des collines, ou bien ont la mer comme Gênes et Naples, la mer et les îles et le Vésuve encore. Et alors Dieu a beaucoup aidé la beauté de ces villes-là. Mais pour nous, de Milan, Dieu n’a rien fait, rien. Alors c’est à nous à faire que Milan devienne une belle ville. C’est une affaire de création. Voilà pourquoi les architectes qui aiment énormément Milan, comme tous les Milanais, ne font que souhaiter la possibilité de réaliser, de créer une belle ville, puisque sans eux et sans les Milanais, Dieu est absent. »











Entre héritage néoclassique de l’ère Mussolinienne et vocabulaire industriel du renouveau économique d’après-guerre, il développe un langage complexe et rationnel, apparenté aux idées du groupe Novecento auquel il se lie. Il promeut alors les idées de son temps à travers la revue d’architecture Domus qu’il crée en 1928 et la Triennale d’Art et d’Architecture de Milan dont il est le directeur. Domus jouera un rôle important dans l’évolution du design. Ponti y fera découvrir le travail de Charles et Ray Eames ou celui du décorateur Piero Fornasetti, avec qui il réalisera de nombreux projets. Enseignant, il formera plusieurs générations de designers italiens à l’Ecole Polytechnique de Milan.

Mais parallèlement, il participe au renouveau du design italien, participe au mouvement dit du bolidisme que démontre avec force le travail réalisé pour l’argentier Sabattini, crée des meubles pour Fontana Arte, des bouteilles en verre pour Venini, du mobilier naval, une machine à expresso pour Pavoni, une gamme de sanitaires pour Ideal Standard, des poignées de porte pour Olivari, des couverts pour Christofle tandis que sa chaise Superleggera obtiendra le Compasso d’Oro.

Cette chaise conçue pour Cassina, et toujours en production aujourd’hui, entre dans toutes les salles à manger d’Italie : fabriquée en frêne, inspirée du mobilier traditionnel des pêcheurs de Chiavari, village d’origine de Ponti, son design combine, comme toujours chez Ponti, une lecture classique, symbole de continuité, et par son poids-plume (1,7 kg), la recherche aigüe d’une technologie adaptée à sa construction et sa
production en série.

On retrouve cette association de tradition et de modernité dans la célèbre Tour Pirelli, édifice qui devait être le symbole d’une ville souhaitant afficher sa modernité et qui fut commandée par le manufacturier italien de pneumatique Pirelli dans un contexte où le développement de la voiture offrait alors de nouveaux immenses espaces de liberté. Pour son développement, Ponti fit appel à l’ingénieur Pier Luigi Nervi, maître du béton armé qui, pour la première fois dans le monde, utilisera des poutres structurelles de grande portée (25 mètres). Une nouvelle fois, dessinée comme un meuble, la Tour Pirelli conjuguera, par son ornement, une ingénierie d’avant-garde à l’artisanat d’art.

« L’architettura è un cristallo », disait Ponti, cette affirmation trouve son application dans une réalisation moins connue, peut-être moins diffusée, mais qui caractérise pleinement son oeuvre, la Villa Planchart construite en 1953 à Caracas. Ponti évoqua lui-même très souvent ce projet comme une définition aboutie de sa recherche.

Cette maison située sur les hauts de Caracas, représente « a total artwork », autrement dit la possibilité pour Ponti de développer une écriture qui, au-delà des principes architecturaux appliqués, d’une approche structurelle très singulière et très abstraite, élabore une « machine de vision », un éloge à la vue et à la lumière, par la multiplicité des perspectives et des enfilades, et traduisant l’expression de son talent et de sa culture dans chacun des éléments constitutifs. Rien ne lui échappera, pas le moindre détail, allant jusqu’à dessiner, bien sûr le mobilier, mais également les textiles, la céramique, la vaisselle et l’argenterie, dans un ensemble de références métaphoriques, et d’analogies à la « Casa all’italiana ».

Cette référence à la « Casa all’italiana » prend sa source dans la villa antique romaine, et, une fois encore, inscrit la trajectoire de Gio Ponti entre mémoire savante et modernité progressiste.

 

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